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Radio Metal : Si nous prenons la première lettre de chaque mot du titre de l’album, Shrine Of New Generation Slaves, cela donne le mot « songs » : est-ce quelque chose de voulu ?

Mariusz Duda (chant, basse) : En fait, oui. J’avais juste l’idée de faire un truc entre deux albums, comme un EP. Je ne voulais pas faire encore une fois un concept-album, j’ai donc pensé à rassembler quelques chansons et à en faire une pièce d’ensemble. Mais, malheureusement, certaines chansons qui, au début, devaient faire 4 ou 5 minutes, ont fini par durer 8 ou 12 minutes ! J’avais des thèmes intéressants à traiter, comme l’esclavage ou le malheur : j’ai donc décidé de changer les titres des chansons, puis d’utiliser cet acronyme.

Cet album a été enregistré, mixé et masterisé de mai à juin, mais aussi de septembre à octobre de cette année : c’est assez long. Peux-tu nous dire pourquoi cela a pris tant de temps ?

Nous étions en studio tout le temps, mais il y a eu beaucoup de breaks. Tout d’abord, je voulais rassembler toutes mes idées. Ensuite, en mars de cette année, nous avons fait de la promo pour l’album et lorsque j’ai eu toutes les chansons de prêtes, on est allé dans notre local de répétition en avril. A chaque fois, c’était trois semaines de travail puis deux mois de breaks. Pendant ce laps de temps, nous n’avons pas fait de concerts et je me suis occupé de l’album bout par bout. Vers le mois d’octobre, je l’ai enfin fini ! (rires)

Est-ce que ces différents breaks t’ont aidé à prendre du recul sur les chansons ?

Oui. L’album précédent avait été fait principalement dans notre local de répétition. Pour Shrine Of New Generation Slaves, seules deux chansons sont faites par le groupe, le reste par moi. J’avais des idées que j’ai travaillées sur guitare acoustique, comme le deuxième titre « The Depth Of Self-Dilusion », mais je voulais les changer pour quelque chose de moins cliché : voilà pourquoi cela a pris du temps. Peut-être que j’aurais dû enregistrer cet album comme The Beatles l’ont fait avec leur premier album, mais je ne voulais pas précipiter les choses.

Vous produisez toujours votre musique : est-ce pour avoir un contrôle total sur celle-ci ?

Oui. Exactement. Nous avons enregistré Shrine Of New Generation Slaves au Serakos Studios, à Varsovie. Nous avons déjà enregistré là-bas, mais cette fois, même si les ingénieurs du son étaient les mêmes, l’équipement a énormément changé : les studios sont beaucoup plus grands, mieux, et la qualité du son est vraiment bonne. Je crois que tu peux l’entendre sur le disque.

N’avez-vous pas cependant pensé à travailler avec un producteur en qui vous pouviez avoir confiance ?

Nous avons nos ingénieurs du son mais, pour être franc avec toi, c’est le premier album que je produis entièrement. J’avais une vision claire de ce que je voulais : il n’y a pas eu de brainstorming, du style : nous quatre décidant de la marche à suivre, non. Dès lors que j’ai la vision de ce que je veux, je n’ai pas besoin de producteur, mais si un jour on se retrouve bloqué, on demandera à quelqu’un d’extérieur, peut-être.

Sur l’édition limitée de l’album, il y a deux chansons, « Night Session Part 1″ et « Night Session Part 2″ : pourquoi ne se trouvent-elles pas sur l’édition simple ?

Parce que je voulais vraiment les sortir sur CD. Notre label, malheureusement, nous a dit que nous ne pourrions pas les mettre sur un album, j’ai donc dû proposer de les sortir sur un autre support CD. On nous a proposé de mettre sur ce CD des vieux trucs old-school, ou de faire un DVD, mais comme ce nouveau disque est nouveau et frais, je ne voulais pas utiliser de matériel de ces « old days ». On a donc passé trois jours en studios, principalement de nuit, sans batteur. On a commencé à faire des trucs bizarres, atmosphériques, comme ce que nous avons fait sur Rapid Eye Movement, mais plus matures ! (rires) Il y a aussi des trucs proches de mon projet solo, Lunatic Soul. Ces deux chansons sont des pièces intéressantes à écouter la nuit.

New Generation Slave symbolise le malheur des gens qui sont incapables d’avoir un contrôle sur leurs vies, et qui détestent celles-ci, leurs jobs, etc. D’après toi, pourquoi tant de gens mènent-ils une vie qu’ils détestent, en fait ?

Tout d’abord, l’album parle de différents types d’esclavages. Le malheur dont tu parles est le principal thème de cette chanson en particulier. Mon inspiration pour cette chanson vient de cette anecdote : un jour, j’étais dans un taxi et le chauffeur n’a pas arrêté de se plaindre de tout durant le trajet. Lorsque je suis arrivé chez moi, mes amis n’ont pas arrêté de faire la même chose, de dire combien leur journée avait été dure, etc. Quand je leur ai demandé : « Pourquoi ne pouvez-vous pas changer tout cela ? », ils ont tous répondu que cela n’était pas possible ; ce fut donc une conversation très étrange. C’est comme si beaucoup de gens se considéraient esclaves : voilà pourquoi j’ai écrit cette chanson qui parle d’une personne frustrée et désespérée. Les autres chansons parlent d’autres types d’esclavage : être dans une relation amoureuse, la religion, avoir des problèmes avec sa propre identité. Shrine Of New Generation Slaves n’est pas un concept-album mais l’idée générale de celui-ci est contenue dans chaque titre.

Il y a une chanson, « Escalator Shrine », qui fait écho à la pochette de l’album, où l’on voit des personnes sans expressions faciales, et avec des yeux vides, prendre un escalator. Est-ce que cette vision de personnes allant au travail de cette manière t’a inspiré pour cette chanson ?

Tous ces gens ne bougent pas sur cet escalator : ils n’ont aucune identité, et ce genre d’esclavage a été ma source d’inspiration pour cette chanson. Tous ces grands centres commerciaux et leurs escalators sont les temples d’aujourd’hui, en quelque sorte.

Pourquoi est-ce si dur de vivre la vie que tu veux. Penses-tu que certaines personnes n’ont pas le courage d’essayer de réaliser leurs rêves ?

Peut-être que cela va sonner « cliché », mais je dirais qu’il faut essayer de combiner tes passions avec ton travail. C’est très dur à accomplir et c’est la raison pour laquelle tant de gens sont frustrés. Cela ne veut pas dire que je souhaite écrire tout le temps sur ces types de personnes, car il y a tout de même une lumière au bout du tunnel : la dernière chanson de l’album est tout de même assez positive.

Et toi ? Es-tu heureux et te considères-tu comme un homme libre ?

Oui. J’essaie d’être heureux. Pour être franc, les paroles sont personnelles et l’ensemble ne parle pas que d’esclavage, mais que nous vivons des temps différents. Avant, en tant qu’enfants, nous pouvions utiliser notre imagination. Maintenant, tout nous est apporté sur un plateau instantanément. J’essaie de trouver des solutions pour survivre, c’est pourquoi j’adore écrire des chansons et des paroles tristes ! (rires) Écrire ce type de paroles ne veut pas dire que j’ai un problème avec moi-même : j’ai des amis, une femme et je vois la vie à travers des teintes positives.

Riverside va effectuer une tournée en Europe : beaucoup de shows sont programmés en Pologne, en Allemagne et au Royaume-Uni, mais juste un show en France (ndlr : le 20 mars au Divan du Monde de Paris) et en Belgique (ndlr : le 19 mars au Biebob de Vosselaar). Pourquoi ?

Je ne sais pas : il faut demander à notre tour-manager. L’année dernière, nous avons fait deux ou trois shows en France, mais il s’est avéré que nous étions moins populaires là-bas que ce que nous pensions. Peut-être que les dates choisies n’étaient pas bonnes, je ne sais pas. Les shows à Paris sont toujours fantastiques, mais nous attendrons d’être plus connus et nous reviendrons en septembre ou octobre prochains.

Prévois-tu un autre album pour Lunatic Soul ?

J’adorerais mais, à l’heure actuelle, je suis assez occupé avec Riverside. Je rassemble des idées mais j’ai déjà refermé le chapitre consacré au thème de la mort : j’aimerais parler d’autres choses, comme les instruments par exemple. Je ne veux pas me répéter : j’ai besoin de prendre un break, mais je vais continuer Lunatic Soul. Je ne sais pas si je sortirais un truc en 2013, mais en 2014, c’est sûr.

Est-ce que Lunatic Soul a une influence sur la musique de Riverside ?

Je crois que tu peux l’entendre sur l’album ! (rires) Pour la première fois, en fait, tu peux entendre des trucs de Lunatic Soul dans la musique de Riverside. Grâce à Lunatic Soul, Shrine Of New Generation Slaves est un album beaucoup plus mature et j’ai maintenant beaucoup plus d’expérience du studio : cela m’a énormément aidé.

Interviewee

M.DUDA

Interviewed

Metal'O Phil

Date

2012-12-27